Témoignage de l'APVDC

Témoignage de Nicole Legendre

Entrevue avec une entraidante de l'Association des personnes vivant avec la douleur chronique

La leçon de vie de la grenouille!

" Je me suis fait soigner pour une dépression pendant de nombreuses années. À cette époque, je ne travaillais pas. J'étais tout le temps chez le médecin. J'avais mal partout. J'avais de la misère à faire 10 pas. Pour me sortir de ma dépression, je marchais et j'essayais de marcher toujours un peu plus loin. Puis j'ai commencé à passer devant le centre Inter-Section, un centre de jour qui est près de chez moi. Je voyais qu'il y avait là des gens et des activités. Une fois que je regardais les annonces dans la vitrine du Centre, une intervenante est sortie. On a parlé, elle m'a dit ce qu'était le centre et lui disant que j'étais en dépression et elle m'a invitée. J'ai commencé à fréquenter le centre pour me sortir de mon isolement.

J'étais tellement mal en dedans de moi à cette époque, que j'étais prête à laisser aller mon mari et mes enfants car je ne me trouvais pas une bonne mère. Mon mari ne l'a pas fait. Heureusement il a toujours été là pour moi.

Après, j'ai eu une grossesse qui a mal commencé et s'est terminée abruptement par une fausse couche à 5 mois et demi de grossesse. J'ai été très déçue de mon médecin qui ne m'a pas crue quand je lui disais que j'avais des douleurs, que je n'entendais pas battre le cœur du bébé. Après la fausse couche, j'ai changé de médecin.

Et puis j'ai eu finalement un diagnostic de fibromyalgie. Cela m'a fait un choc mais au moins je savais que ce n'était pas dans ma tête, c'était pas mes nerfs! La rencontre avec le médecin qui m'a appris que j'avais de la fibromyalgie m'a secouée littéralement. Le médecin m'a dit qu'il pourrait me prescrire des médicaments, mais que je devrais m'attendre à prendre du poids et qu'avec la prise de poids, j'aurais encore moins le goût d'être active. Le cercle vicieux quoi! C'était comme si le médecin me condamnait!

Comme j'ai une "tête dure", cela m'a poussée à décider de changer ma vie. J'ai refusé de l'écouter ce médecin. J'ai résolu de ne pas me voir vaincue! J'ai refusé de me bourrer de pilules. Pas longtemps après, mon conjoint a vu une annonce à la télé au sujet d'un groupe pour douleurs chroniques. Mais il n'a pas eu le temps de prendre en note les renseignements. L'annonce a repassé quelques jours plus tard et là nous avons noté le nom et le numéro de téléphone. C'était l'Association des personnes vivant avec de la douleur chronique.

Cela fait maintenant 4 ans que je participe aux activités d'entraide. Et tout a changé dans ma vie. Je suis retournée sur le marché du travail et je suis allée suivre des cours. À cette époque, dans le groupe d'entraide, il y avait 5 à 6 personnes dans le groupe. On se voyait un soir semaine sur un thème de discussion.

Puis j'ai fait le saut et depuis presqu'un an je coanime avec Louise, un soir par semaine le groupe d'entraide. Parfois, il y a 10 à 12 personnes. Nous animons le groupe d'une autre façon et cela change complètement l'ambiance. Ainsi, on se rencontre pour faire une activité telle que scrapbooking, confection de cartes, massage thérapeutique, billard, et le partage entre les gens se fait pendant l'activité. Les rencontres sont axées sur le positif. Je vois les personnes s'épanouir. Il y a une participante qui était toujours en douleur, ne voulait pas chanter, ne voulait pas qu'on la touche, ne voulait pas bricoler et depuis quelques mois, elle se transforme et a trouvé sa place. Elle a même participé au spectacle. On peut aussi scinder le groupe en 2 vu que nous avons 2 animatrices si des personnes ne veulent pas faire l'activité.

Pour ma part, j'ai beaucoup appris sur moi, je reconnais les signes avant-coureur des douleurs. Je les inscris dans un calendrier et cela m'aide à comprendre et accepter mes douleurs. Mais surtout mes responsabilités en animation m'apportent beaucoup. Je développe ma confiance en moi et j'apprends le détachement. Avant quand quelqu'un du groupe était négatif et dépressif, cela m'affectait. À présent, j'ai trouvé mon rôle et j'ai une attitude plus sereine et positive.

Nous avons travaillé l'an passé à monter un spectacle et cela a été une expérience extraordinaire pour les personnes et pour moi. Nous avions adopté la grenouille comme mascotte, comme celle dans l'allégorie de la grenouille qui n'entend pas les gens lui crier qu'elle sera vaincue et termine la course malgré les découragements de la foule. Je suis très gênée, et là j'ai osé, je me suis proposée pour être la mascotte du groupe qui est une grenouille. Nous avons confectionné un habit de grenouilles et j'ai passé toute la soirée du spectacle habillée en grenouille.

En terminant, je peux dire que plus on donne, plus on reçoit. Et j'ai trouvé à l'Association des personnes vivant avec des douleurs chroniques ma place où contribuer. "

Propos recueillis par Monique Pellerin

Directrice de CAP Santé Outaouais

Octobre 2009