Témoignage de Souhait-enfant

Témoignage de Céline et Alexandre

Les co-fondateurs du groupe d'entraide Souhait-enfant ont généreusement accepté de nous accorder une entrevue pour nous parler de leur groupe pour les couples infertiles.

Q : Pourriez-vous nous dire quand est apparu votre désir d'avoir des enfants ?

Céline : " Il y a neuf ans en février 2001, c'est à ce moment que j'ai décidé d'arrêter la pilule. "

Q : Comment vous est venue l'idée de créer un groupe d'entraide pour les couples infertiles ?

Alexandre : " C'est Céline qui voulait créer un groupe. "

Céline : " Quand j'ai su que je souffrais d'infertilité, je n'étais pas bien, j'avais besoin d'aide. J'ai demandé au CLSC s'il y avait des ressources pour m'aider, mais il n'y en avait pas. Alors, j'étais fâchée de constater qu'il n'y avait aucun groupe pour m'aider. Le CLSC m'a alors parlé d'un organisme qui aidait les gens à démarrer des groupes d'entraide CAP Santé Outaouais. J'ai alors téléphoné et c'est de là que Souhait-enfant est né. "

Q : Quel est le but du groupe ?

Céline : " Le but de ce groupe est d'échanger avec des gens qui vivent les mêmes épreuves. C'est de dégager les émotions avec des gens qui peuvent nous comprendre. Quand on se retient, ce n'est pas bon, parler atténue la souffrance. "

Q : Qu'est-ce que le groupe vous apporte ?

Céline : " En 2008, j'ai arrêté de travailler, car je n'allais vraiment pas bien. Ce n'est pas facile ce que nous avons vécu, j'ai eu quatre inséminations artificielles puis plusieurs mois plus tard une fécondation In-Vitro. C'est très dur ces techniques, c'est froid, médical et impersonnel.

Alors, j'ai consulté un psychologue, cela a coûté très cher, j'ai aussi consulté une travailleuse sociale du CLSC, mais je n'avais pas l'impression d'aller mieux. Alors, j'ai accepté de faire partie d'un groupe de recherche sur l'infertilité. Après toutes ces consultations, je me sentais encore vide. Le groupe d'entraide est le seul service qui est complet pour moi. Ça m'apporte beaucoup plus et les gens me font grandir.

Quand nous sommes en présence de notre entourage, il est normal d'avoir des périodes de jalousie, quand on voit une femme enceinte ou que quelqu'un nous annonce qu'elle est enceinte. On a l'impression d'être les derniers à avoir des enfants.

Quelquefois les rencontres nous permettent de faire dégager la colère.

Les gens se sentent souvent plus à l'aise de parler avec des gens pareils à eux. Nous trouvons important de parler de ce qu'on ressent, de sortir de notre bulle, surtout dans les mois de novembre et décembre, les fêtes de Noël approchent et c'est plus dur pour nous. "

Alexandre rajoute : " Rencontrer des couples qui vivent la même chose que nous, ça nous apporte une plus grande compréhension et de la compassion. Nous nous sommes aperçus que nous n'étions pas les seuls à nous sentir jaloux de ceux qui ont des enfants. "

Q : Comment se déroule une rencontre du groupe Souhait-enfant ?

Céline : " Tout d'abord, il est important de préciser que ce n'est pas un énorme groupe. Il y a entre un et quatre couples à la fois. Si le groupe venait à être plus nombreux, il serait divisé pour garder l'aspect intime et personnel.

Les rencontres débutent à 19h30 et se terminent vers 21h30. La fréquence des rencontres est d'une fois par mois.

Pour débuter, je fais un ordre du jour simple et la lecture de courts messages. Quand il y a de nouveaux membres, tout le monde se présente en racontant un peu son histoire. On peut parfois avoir un thème, mais les conversations sont toujours selon l'intérêt du groupe. Nous leur posons la question "de quoi voulez-vous parler aujourd'hui ?".

Exemple : si un couple a eu des résultats quelconque et veut partager ses résultats avec nous, il peut tout simplement le dire et nous les écoutons.

Toutes les conversations se passent en groupe et tout le monde veut partager. En général les sujets viennent tout seul.

À la fin de chaque rencontre, les personnes qui y ont participé inscrivent leur présence ainsi qu'un petit mot dans le livre d'or. "

Q : Quelle est la dynamique entre les anciens et les nouveaux membres ?

Céline : " La dynamique entre les anciens et les nouveaux se présente en racontant chacun leurs histoires en ronde. Le climat d'authenticité et d'échange crée des liens d'identification. Les gens se laissent aller, car le climat est souple et libre. "

Q : Est-ce que les hommes participent autant que les femmes ?

Alexandre : " C'est souvent les femmes qui font les recherches ou les premiers pas pour ce genre de groupe. Mais, dans presque tous les cas, les hommes suivent leur femme dans les rencontres. Les femmes et les hommes vivent différemment cette épreuve, c'est important que l'homme se sente compris. "

Q : Quels sentiments éprouvez-vous lorsque vous aidez d'autres couples à mieux traverser cette épreuve ?

Céline : " De la fierté, car, c'est moi qui ai créé ce groupe, mais en aidant les autres ça nous aide nous-mêmes. "

Alexandre : " Moi, je suis fier de Céline, elle travaille fort pour informer les gens du groupe en leur envoyant des courriels par exemple. Elle a développé un côté administratif et elle est maintenant très professionnelle. "

Q : Quels sont les aspects positifs que le groupe peut apporter aux couples infertiles ?

Céline : " Le réconfort, la compréhension, le sentiment d'appartenance et l'écoute. "

Q : Comment arrivez-vous à rester unis dans ces épreuves ?

Céline : " Dans l'étude à laquelle j'ai participé, il y avait toujours une partie qui portait sur le couple. Certains couples ont la peur de se séparer suite à une épreuve comme l'infertilité. "

Alexandre : " Nous ça nous a rapprochés, car nous travaillons dans le même sens. "

Céline : " Quand il y a une épreuve difficile, on se tient encore plus fort pour ne pas que l'autre tombe. Notre amour est plus fort que le désir d'avoir un enfant. Le mariage c'est pour le meilleur et pour le pire. Malgré les épreuves, nous profitons de la vie quand même, sans enfant. "

Q : Céline, trouves-tu difficile de travailler dans une garderie ?

Céline : " Maintenant ça va mieux, mais il y a des moments où j'ai trouvé ça difficile, j'ai même déjà dû arrêter de travailler. Mais j'aime travailler avec eux, j'ai choisi ce métier avant de savoir que j'étais infertile. J'aime passer du temps avec les enfants, même si ce ne sont pas les nôtres. "

Q : Quel message voudriez-vous passer aux couples qui vivent les mêmes situations que vous ?

Céline : " J'aimerais leur dire que ce service existe, que s'ils ont besoin de parler, ils sont les bienvenus. Qu'ils peuvent venir seul ou en couple. Qu'ils ne sont pas obligés de parler, ils peuvent seulement écouter, mais ça fait du bien. Qu'ils peuvent prendre ce qu'ils veulent. "

Alexandre : " Moi, j'aimerais leur dire que nous ne sommes pas professionnels, mais seulement des gens qui vivent la même chose qu'eux. "

Céline fait partie de deux associations : L'Association canadienne de la sensibilisation à la fertilité qui publie à toutes les saisons le magazine " Créons des familles " sur l'infertilité et L'Association des couples infertiles du Québec.

Propos recueillis par Mélanie Hébert

Adjointe-administrative de CAP Santé Outaouais

Avril 2010