Témoignage de L'Oasis

Entrevue avec Luc-Étienne et Colette du groupe L'Oasis 

Celui qui raconte son parcours se nomme Luc-Étienne, fondateur du groupe d'entraide L’Oasis avec son épouse Colette. Les deux nous ont accordé cette entrevue en janvier 2011.

La souffrance de l’abus, la thérapie et le cheminement

« J’ai été abusé sexuellement par un oncle de l’âge de 10 ans à 18 ans. Puis, j‘ai enterré tout ceci bien profondément en moi jusqu’au moment où je suis tombé en dépression à 41 ans… Pour ne pas ressentir la souffrance, je m’étais mis une barrière entre moi et mes émotions, et dès que des émotions revenaient, je les bloquais tellement j’avais peur de ressentir cette souffrance, j’avais peur d’être dominé à nouveau, comme durant le temps de l’abus. »

Colette savait pour l’abus parce que Luc-Étienne l’avait informée dès le début de leur relation. Elle voyait bien que son mari était comme un presto et elle avait appris à vivre avec lui et sa souffrance. Luc-Étienne nous explique comment Colette l’a réconforté et comment son soutien l’a aidé à choisir la vie plutôt que le suicide au plus profond de sa dépression. Finalement au bout de son rouleau, Luc-Étienne est allé en thérapie.

L’après-thérapie

Différents événements ont amené Luc-Étienne à vouloir poursuivre son cheminement après sa thérapie.

« Après ma thérapie qui m’a permis de rétablir un équilibre mental, je me sentais comme une terre toute retournée, une terre labourée… J’étais vraiment mêlé avec mes émotions et je voulais poursuivre mon cheminement. J’assistais à diverses conférences pour essayer de me comprendre, mais je ne trouvais pas comment me démêler concrètement dans mon paquet d’émotions».

Pendant ce temps, grâce à son engagement dans sa communauté paroissiale, Luc-Étienne a commencé à faire des témoignages dans les paroisses et ce pendant 7 ans et 14 témoignages devant des gens de 16 à 35 ans.

Le déclic vers l’entraide

C’est au terme de ces 7 années que Luc-Étienne s’est rendu compte qu’il avait franchi une étape importante dans son cheminement. Il a senti qu’il avait pardonné à son agresseur, à son père et aux autres personnes qui étaient au courant de l’abus et qui n’avaient rien fait pour le protéger. Il a réalisé qu’il s’était aussi pardonné à lui-même.

Le pardon l’a délesté de sa souffrance.

Puis, dans le cadre d’une démarche en vue du diaconat, Luc-Étienne voulait développer un projet concret d’entraide bénévole. C’est grâce à Colette qu’il a trouvé sa voie : « Va dans ce que tu connais, l’abus sexuel et la souffrance des personnes abusées »

« J’ai commencé à ce moment-là des recherches pour savoir s’il existait des ressources d’entraide pour les personnes abusées,  mais je ne trouvais rien.   J’ai contacté le CLSC qui m’a référé à la Maison Alonzo Wright. Et c’est là, à la Maison Alonzo Wright qu’on m’a dit que CAP Santé Outaouais pouvait peut-être m’aider….

Puis tout est allé vite… Sur les conseils de CAP Santé Outaouais j’ai participé aux rencontres de plusieurs groupes : Émotifs Anonymes et la Battuta. À la Battuta, j’ai compris pour la première fois quoi faire avec les émotions, comment les accueillir, les laisser me toucher et tout devenait clair sur ce que nous pourrions faire dans un groupe d'entraide. Au groupe Émotifs Anonymes j'ai fait des liens entre les 12 étapes et accueillir les émotions. C’est en additionnant Émotifs Anonymes et la Battuta que j’ai pu assimiler toutes les notions de l’émotion dans ma vie. »

Le démarrage du groupe

Puis Luc-Étienne a rencontré une personne-ressource d’un groupe AA et tout a pris forme dans sa tête pour adapter les 12 étapes à l’abus sexuel et organiser le groupe L’Oasis. Le groupe a débuté en septembre 2010 et après avoir suivi des formations offertes par CAP Santé Outaouais  « Simplifier ma vie » et « L’animation holistique », Luc-Étienne avait trouvé l’approche, le modèle et le déroulement type d’une rencontre.

Pourquoi les gens viennent au groupe?

« Les personnes qui viennent au groupe sont pour la plupart dans une démarche thérapeutique. Je perçois qu’elles cherchent un but pour s’accrocher à quelque chose. Ces personnes sont contentes que la ressource existe. Et les 12 étapes offrent aux personnes une opportunité  pour cheminer à leur rythme, en toute liberté ».

Pour le moment le groupe n’est pas nombreux mais Luc-Étienne et Colette sont confiants car ils savent que cela prend du temps et que les gens sont en « chemin de cheminer ».

Comment se passent les rencontres?

« Les rencontres ont lieu les 2e et 4e vendredis du mois et débutent à 19h30. Colette et moi souhaitons la bienvenue à chaque participant. Nous les invitons à prendre une chaise qui est placée en rond. Au centre il y a une petite table avec une chandelle, des pierres, des cartes et un verre avec des inscriptions, ce même verre est en fait l’objet de la parole, il est à la fois vide et à la fois rempli d’espace que nous allons combler. L’éclairage est tamisé et il y a un fond visuel et sonore de musique douce. Nous débutons la rencontre par un mot de bienvenue et une explication de ce qu’est L’Oasis. Nous sommes tous invités à nous lever et à réciter la prière de L’Oasis. Par la suite, j’invite les participants à regarder les pierres, leur forme, leur couleur et un mot qui est sur cette pierre. Je les invite librement à la prendre et à verbaliser sur ce qu’ils voient de cette pierre. Puis nous sommes invités à lire les 12 étapes. Et lire les 12 traditions qui sont les conditions-cadres pour notre cheminement personnel. Nous nous attardons sur une étape en particulier et je lis la description de l’étape en y ajoutant une explication personnelle. Nous avons un tableau dans le cercle et j’invite librement les participants à réfléchir sur les craintes et espoirs qui les amènent ici. Nous sommes invités à les verbaliser et à les écrire sur le tableau. Ensuite, les personnes sont invitées à choisir 3 cartes qui sont tournées à l’envers et si elles le désirent à communiquer aux autres ce que ces cartes leur disent par rapport à leur situation présente.

Puis il y a une courte pause. Pendant la pause les participants sont invités à se diriger vers la table des ressources qui est en dehors du cercle pour y prendre toute la documentation qu’ils sentent le besoin d’avoir.

Après la pause, nous entrons dans les étapes. Nous choisissons personnellement une étape en particulier et je les invite à réfléchir en silence sur ce qui les touche. S’il y a des questions pour la compréhension de l’étape, je fournis les explications.

Et c’est à ce moment-là que les personnes qui le désirent s’expriment et ce à l’aide de l’objet de la parole. C’est une partie de la rencontre qui peut être difficile pour certains.

Avant de faire le cercle de clôture, je mets un cahier à la disposition des  participants pour qu’ils écrivent leur nom et numéro de téléphone. Et je les invite à déposer une contribution pour défrayer les coûts des tisanes et biscuits. Un cahier où tous les achats et revenus sont inscrits est mis à la disposition des participants. La rencontre se termine à 21h30. »

Conclusion

Luc-Étienne insiste : « Le groupe n’est pas un groupe de thérapie c’est un groupe de cheminement personnel. C’est un moment et un espace de paix, pour se connecter à soi, à ses émotions et cheminer avec d’autres et ce en toute liberté. »

Propos recueillis par Monique Pellerin

Directrice de CAP Santé Outaouais

janvier 2011