Témoignage du Groupe des Phares

 

« L’anxiété, ça peut devenir ton amie »….
 
C’est Ghislain qui se confie. À 38 ans, il est le fondateur du Groupe des Phares qui a démarré en août 2011. Ce groupe d'entraide cible les personnes vivant avec des troubles anxieux.  Avant de fonder le groupe, Ghislain a vécu lui-même pendant plusieurs années avec des troubles anxieux, la dépression et l'agoraphobie. 
 
« Quand je vivais à Montréal, j’allais à l’urgence de l’hôpital Louis Hippolyte Lafontaine très régulièrement. Puis on me laissait sortir sans suivi. Je suis déménagé en Outaouais d’où je suis originaire. J'y suis finalement été hospitalisé. J’étais dans un état très dépressif,  je dormais tout le temps, puis je regardais passer les heures. J’avais atteint le fond.
 
Et c’est là que j’ai compris que je ne pouvais pas continuer ce cercle vicieux de l’urgence et de l’hospitalisation. Je voulais que ça change.
 
Par la suite j’ai été vu très rapidement au CLSC où j’ai fait une thérapie individuelle et de groupe.  Quand la thérapie de groupe a pris fin en 2010, je me suis demandé "Bon maintenant qu’est-ce qu’on fait?" J’avais lancé un peu à la blague aux gens du groupe que j’aimerais mettre sur pied un groupe d'entraide.  
 
Les choses sont restées là jusqu’en 2011 où j’ai commencé à voir à l’Envol un agent d’intégration à l’emploi. Je suis designer d'intérieur de métier et je veux un jour retourner sur le marché du travail. Dans mes rencontres avec Christian, mon agent, l’idée du groupe est revenue et j’ai compris que fonder ce groupe pourrait aider les autres qui vivent ce que j’ai vécu autant qu’il pourrait m’aider dans mon chemin vers l’équilibre et l’autonomie ».  
 
Aujourd’hui, Ghislain voit la lumière. Il est capable de respirer, il n’a plus cette sensation d’étouffement et d’oppression constante. Il peut se rendre dans les endroits publics avec moins de crainte. En plus de son groupe, il anime bénévolement  des ateliers de créativité au Centre Inter-Section, un centre de jour pour personnes vivant avec des problèmes de santé mentale. Il a des projets, reprendre le travail en design d'intérieur, avoir son appartement, avoir une voiture. Il sait que recourir à sa créativité est un bon moyen pour garder son équilibre.  
 
Dans le Groupe des Phares, il constate qu’il apporte quelque chose aux participants. Il a monté une trousse d’outils qu’il remet à chacun. Dans cette trousse, il y a des outils qu’il a pratiqués alors qu’il était en thérapie. Il apprend aussi de l’expérience des participants. Une des participantes l’inspire beaucoup pour sa force et son courage.
 
«  Il y a des personnes vivant avec des troubles anxieux qui ont fait de leur anxiété leur compagne, leur amie. Comme elles ne se rappellent plus ce que c’est que d’être bien, en équilibre, elles sont comme dans des vieilles pantoufles  avec leur anxiété. Cela demande beaucoup de courage pour sortir. Il y a des gens qui viennent au groupe pendant quelques rencontres puis ne reviennent plus. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être qu’elles n’ont pas atteint le fond et que l’anxiété leur apporte des bénéfices ».
 
À quoi attribue-t-il ses progrès? Il répond que ce qui est important c’est d’avoir un but, une raison d’être et de persévérer dans l’action.
 
Ghislain continue d’apprendre sur lui-même, de se donner des défis. Sa prochaine étape, prendre l’autobus de ville pour ses déplacements. 
 
Propos recueillis par Monique Pellerin, juillet 2012