Témoignage de Gérer son anxiété

Témoignage de Lise

" Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. C'est comme si on m'avait kidnappée en me mettant un bandeau sur les yeux. Puis on m'enlevait le bandeau et j'étais dans une pièce où il faisait très noir. Je ne savais pas où j'étais, dans quelle ville, quelle grandeur de pièce, où sont les murs, comment faire pour sortit de là. … "

La personne qui parle s'appelle Lise. C'était en 1990. Elle venait de vivre ses premiers épisodes de crise d'angoisse. Aujourd'hui Lise anime un groupe de soutien pour personnes vivant avec des troubles d'anxiété.

Lise me parle de comment cela a débuté : " Je venais de commencer un nouvel emploi dans un monde juridique. Je revenais sur le marché du travail après avoir été 20 ans au foyer. Voilà que je me retrouve dans un nouvel environnement, que je ne connaissais pas, celui des affaires juridiques, à un poste de réceptionniste et par-dessus le marché à devoir travailler avec un ordinateur. J'ai duré une semaine et j'ai remis ma démission."

L'angoisse a été une terrible souffrance intérieure qui a duré des mois, longtemps après avoir quitté son emploi. Lise prenait conscience que d'avoir quitté son emploi ne l'avait pas libéré de son angoisse. Dans son cas, le pire moment de la journée était le matin. Son angoisse n'était pas caractérisée des troubles que l'on retrouve en général chez les personnes anxieuses. Pas d'insomnie, ni de palpitations. Seulement cet enfer intérieur. " Je dormais bien, mais en dedans, c'était l'enfer. Cela ne paraissait pas de l'extérieur. J'arrivais à faire mes tâches ménagères et m'occuper de mes enfants ".

Elle priait et demandait à Dieu de lui enlever son angoisse. Puis, le hasard, mais y a-t-il vraiment un hasard- a voulu que Lise mette la main sur un ouvrage qu'elle avait au sous-sol dans sa bibliothèque. À l'époque, elle lisait des romans pendant les heures d'attente lorsqu'elle accompagnait sa mère chez le médecin. Ce jour-là, elle va chercher un livre qui lui venait probablement de son père : The Power on Positive Thinking de Norman Vincent Pearle.

Ça été comme un baume sur sa douleur. Et là commence le cheminement qui va la mener à démarrer en 1996 un groupe de soutien pour personnes vivant avec des troubles d'anxiété, de panique et d'agoraphobie.

Mais je vais trop vite, revenons à 1990. Lise s'est rendue compte avec les lectures et formations qu'elle a suivies que nous devenons ce que nous pensons.

Si nous apprenons à libérer nos pensées de nos croyances et de nos scénarios non bénéfiques, nous pourrons alors éprouver de la joie et de la paix.

Pendant des mois, Lise a constaté qu'en faisant les exercices suggérés dans ses lectures, en mettant en application les outils, elle arrivait à créer un sentiment intérieur de paix et de joie. Elle a changé sa prière. Au lieu de demander à Dieu de la libérer de son angoisse, elle l'a remercié de la guider de plus en plus vers la paix intérieure.

" Nous sommes de formidables créateurs. Autant nous pouvons créer de la souffrance par nos pensées autant nous pouvons créer de la joie et de l'abondance. Le cerveau ne fait pas la différence entre un danger réel et le danger créé par notre imagination. Devant un danger réel ou imaginaire, le corps se met en état d'alerte et s'équipe pour y faire face. C'est là qu'apparaissent les signes physiques ressentis par la plupart des gens anxieux.

Finalement l'angoisse aura été mon professeur. Au lieu de la combattre, j'ai décidé de m'en servir. J'ai appris que mes peurs étaient là pour m'aider à réaliser que j'entretenais des croyances non bénéfiques et j'ai pu m'en libérer. "

Les gens qui viennent au groupe de soutien cherchent des outils pour les appliquer dans leur vie de tous les jours. Selon Lise, plusieurs d'entre eux ont consulté des psychologues et prennent des médicaments. Mais s'ils viennent au groupe de soutien, c'est parce qu'ils sont bien conscients qu'un cheminement intérieur doit se faire sur le plan mental, émotionnel et spirituel et ils ne savent pas comment faire. Ils veulent être guidés.

Lise a pris des mois pour apprendre par elle-même, morceau par morceau. Aujourd'hui, son désir de partage est tellement grand et les besoins des gens tellement nombreux qu'elle fait l'animation du groupe deux soirs semaine, le mercredi et le jeudi.

" Je le fais parce que j'ai besoin de communiquer et de partager. À la fin d'une soirée où j'ai animé le groupe, je me sens énergisée car j'ai introduit des outils et des solutions… Il est arrivé un moment où tout s'est mis ensemble, mes lectures, mes formations avec Lise Bourbeau, avec Jean Montbourquette... Je fais confiance à mon guide intuitif. Quand une personne au groupe me pose des questions, je sais comment lui répondre. "

Le 3 juin 1996, Lise a assisté à une soirée d'information sur les troubles d'anxiété organisée par Stéphane Bouchard, professeur, clinicien et chercheur. À l'issue de la soirée, certaines personnes ont manifesté le désir de participer à un groupe de soutien. Face à cette demande, CAP Santé Outaouais leur a offert du soutien en vue de démarrer un groupe.

Lise s'est présentée et depuis, c'est elle qui anime le groupe. Ce groupe a accompagné des dizaines de personnes, certaines avec des troubles d'anxiété légers ou d'autres avec des troubles plus graves. Il y en a qui avaient tellement de peurs et de souffrances qu'elles n'osaient plus sortir de la maison et prendre la voiture car les attaques de panique pouvaient survenir dans la voiture, à des moments tellement imprévisibles.

Lise ne sait pas combien de temps elle va continuer à animer. Ce qui est certain, c'est qu'elle dégage une belle énergie et confiance quand elle fait des conférences et anime des ateliers. " Il y a de l'espoir, j'en suis la preuve. Même si on souffre de troubles anxieux, il y a des outils que chacun peut utiliser pour aller de plus en plus vers un mieux-être."

Lise présentera quelques-uns de ses outils dans un atelier qu'elle animera à la Journée Porte Ouverte sur l'entraide, le 29 février 2004.

Propos recueillis par Monique Pellerin

Directrice de CAP Santé Outaouais

Décembre 2003