Témoignage de Halte Santé Herpès Simplex

Témoignage de Jeannine

" Je vis avec l'herpès génital depuis plus de 15 ans maintenant. À ce moment-là, tu recevais le diagnostic et tu devais t'arranger avec tout ce qui en découle. Le tabou, la honte, le secret, le silence, la solitude, la trahison de mon partenaire et la colère…

Quand j'ai été infectée par le virus du HSV-2, la publicité d'information qui circulait stipulait que de porter un condom protège contre les maladies transmises sexuellement. J'ai appris durement que cette protection n'était pas assez puisque nous l'avions utilisé. La première attaque fut très forte comme c'est souvent le cas. La douleur physique, émotive et affective en plus de l'isolement m'ont amenée tout droit à une dépression.

Je suis allée en thérapie pour essayer d'apprendre à vivre avec la condition. Même si ça a été très salutaire, ce n'était pas comme de parler avec d'autres personnes qui vivent la même condition. Avec un taux aussi élevé qu'une personne sur cinq qui est porteuse du HSV (de ces personnes 20% ne savent pas qu'elles sont porteuses du virus), je ne pouvais croire qu'il n'y avait aucune aide pour cette importante population.

À l'automne 2003, je suis retombée dans un état dépressif profond où ma survie se jouait. J'avais besoin de parler à quelqu'un qui connaissait la maladie, j'avais besoin d'être comprise. C'est là que le déclenchement s'est fait. Je me suis tannée d'être dans une situation de demande d'aide et de frapper à des portes continuellement fermées. J'ai donc décidé de m'ouvrir les portes! Si je ne pouvais trouver de l'aide pour moi, je pouvais être aidante pour les autres en partageant mes expériences, mes recherches et mes informations cumulées au fil des ans.

C'est comme ça que le groupe Halte Santé / Herpès Simplex est venu au monde. Ce fût un processus long et tortueux J'aimerais ajouter que c'est grâce à CAP Santé Outaouais que ce groupe a vu le jour. Ce fût la première porte qui s'est ouverte et ce fût la remontée vers une prise en charge de ma vie qui m'a été plus que salutaire. "

Comment se passe les rencontres? " Lorsqu'il y a de nouvelles personnes, je prends quelques minutes pour leur expliquer qui je suis (une personne qui vit avec le HSV-2 depuis 15 ans ; qui a amassé beaucoup d'information et qui est là pour donner l'opportunité de sortir de l'isolement et de mieux comprendre le HSV-2) et que je ne suis ni infirmière, ni sexologue et ni travailleuse sociale.

Chaque personne vit différemment sa condition et y va de son opinion pour aider une autre personne où pour exprimer ce qu'elle a besoin d'exprimer. Je n'interviens que pour exprimer ma propre opinion ou pour ajouter ou corriger l'information qui vient de circuler. Lors des rencontres, on y retrouve une gamme d'émotions telle que la sagesse, la colère retenue, du désespoir et des messages d'espoir. Il y a discussion sur les possibilités d'avoir une relation intime avec une personne qui vit avec le HSV-2 mais il y a aussi des preuves qu'il est possible de rencontrer une personne non infectée qui acceptera de vivre avec la personne infectée; on y apprend qu'on peut réduire le nombre de poussées par la prise de médicaments pharmaceutiques mais aussi par un changement de vie plus sain incluant la prise de certaines vitamines et plantes médicinales. En participant à ces rencontres, on réalise surtout que l'on est pas seul et que ça fait un bien immense de partager et d'être avec d'autres personnes qui ont la même condition que nous.

Le cheminement est relativement semblable pour la majorité des participants :

  • Gérer les circonstances de la contamination au HSV-2 (partenaire infidèle, contamination consciente ou inconsciente par le partenaire (20% des personnes qui sont porteuses ne savent pas qu'elles le sont);
  • Passer par toute une gamme d'émotions et de décision qui va de la colère, la honte, la baisse de l'estime de soi à la dépression et l'abstinence sexuelle;
  • Apprentissage des différents symptômes annonciateurs d'une poussée de HSV afin d'éviter la contamination du partenaire ( nonobstant du fait qu'on peut être asymptomatique et avoir quand même la possibilité de contaminer l'autre personne);
  • Périodes de mieux-être traversées par des périodes de dépression ou d'états dépressifs dû à l'isolement ou au rejet d'un(e) partenaire potentiel(le) suite à l'annonce de la condition et d'autres éléments déclencheurs;
  • Utilisation de la maladie pour faire un changement sain dans la vie, pour grandir à travers les épreuves que cette condition apporte et redécouvrir sa vraie valeur.

Quelques fois les partenaires infectés ou non, accompagnent la personne pour en apprendre plus ou pour mieux comprendre ce que le(la) partenaire vit. La découverte du groupe vient, pour certains, donner l'espoir de peut-être rencontrer une personne compatible, mais ils réalisent que le but du groupe est de répondre à l'isolement et au malaise intérieur. "



Propos recueillis par Valérie Paquette

Adjointe-administrative de CAP Santé Outaouais

Octobre 2004