Témoignage de Robert

Robert a vécu en Outaouais en 2001 et a connu, à cette occasion, notre organisme. Depuis 2002, il demeure à Québec et s'implique activement au développement et à l'entretien d'un site Internet sur le trouble de personnalité limite. Il nous confie ici un vibrant témoignage.

Q : Qu'est-ce que CAP Santé Outaouais et l'entraide t'ont apporté dans ta vie, ton développement et ton cheminement?

" Avant de connaître CAP Santé Outaouais, je fus une personne qui ne connaissait pratiquement rien du domaine de l'entraide en santé mentale étant une personne en souffrance qui recherchait naïvement à me sortir d'un enfer intolérable à partir des ressources locales et des établissements, dont la plupart, ne pouvaient manifestement pas m'accueillir (à l'époque) selon mes besoins pour soigner ma souffrance.

Pour vous mettre davantage dans le contexte, je tiens à souligner qu'en plus de chercher à tolérer la douleur des symptômes des sentiments de vide, d'incompétence, d'imperfection… à partir d'accumulation d'échecs, d'expériences négatives, d'isolement et de rejet, j'ai dû faire face (lorsque j'habitais dans l'Outaouais) à plusieurs ressources du milieu ayant certains intervenants et professionnels de la santé (incluant des urgentologues) qui me voyaient :

  • soit comme un cas trop lourd pour la compétence de leur personnel (me disant qu'ils ne savaient pas quoi faire avec moi en raison que tout allait trop vite et pour d'autres raisons),
  • soit comme un " décrocheur " qui coûte cher aux établissements,
  • soit comme étant un " manipulateur " (lors d'une tentative de suicide) qu'il faut se méfier en tout temps (en se permettant de me rire au nez),
  • soit comme un " enfant dans un corps d'adulte " (en m'adressant la parole d'une façon infantilisante),
  • soit comme étant un demandeur de soin ayant une pathologie qui ne nécessite pas d'être traité séparément mais plutôt d'être prise en charge en groupe avec les schizophrènes et autres problématiques tous diagnostics confondus, etc.

Je me sentais (perception) et on me faisait sentir (validation) comme un cas désespéré, irrécupérable !

C'était trop lourd pour mes épaules, je trouvais qu'il était trop difficile de demander de l'aide, de se sentir entendu, compris et accueilli dans ma souffrance. J'ai préféré choisir de m'isoler et de passer à l'acte pour en finir définitivement afin de soulager la société d'un cas trop lourd, qui coûte trop cher, qui ne mérite pas que l'on développe des ressources spécifiques pour aider quelqu'un ayant une pathologie si grave et si exigeante pour le personnel soignant et surtout pour soulager ma souffrance qui devenait insupportable.

Le destin en a voulu autrement pour moi. Un bon jour que la vie m'a donné, j'ai pris connaissance d'un dépliant de CAP Santé Outaouais qui précisait qu'ils avaient entre autres comme objectif, celui d'appuyer les personnes désireuses d'améliorer et de maintenir leur qualité de vie et leur bien-être croyant dans la capacité des personnes de se prendre en main en vue de leur mieux-être, peu importe leur état de santé en proposant un service qui soutient le développement de l'entraide comme une réponse adéquate aux problèmes de la vie. Cela avait piqué ma curiosité.

Cela m'a fait comprendre que j'avais peut-être encore du pouvoir sur ma vie; peut-être existerait-il des solutions alternatives pour me sortir de ce trou si noir, de ce tourbillon infernal.

Dès la première rencontre avec l'équipe de CAP Santé Outaouais, j'ai senti que l'on me considérait comme une personne adulte, dans une relation authentique de respect et de confiance. Ce fut très rafraîchissant et édifiant que de les côtoyer. Je leur ai demandé de m'aider à démarrer un groupe d'entraide, ce qui leur a demandé un support d'implantation important (puisque je vivais de fréquentes crises suicidaires), mais qui a généré également un partenariat riche en action (pour reprendre les mots qui se retrouvent dans le rapport annuel de l'année 2000-2001).

En effet, si cela n'avait pas été du soutien de l'équipe de CAP Santé Outaouais, sous la direction de madame Monique Pellerin, je n'aurais pas réussi à démarrer un groupe pour réunir mes pairs (et quelques fois leurs proches), je n'aurais pas compris l'importance de faire ressortir l'essentiel d'une écoute dans une relation d'entraide. Je dois beaucoup à monsieur Daniel Gauthier, sociologue qui fut mon accompagnateur, pour ses précieux conseils, sa patience, sa tolérance, et son amitié.

C'est monsieur Gauthier, de CAP Santé Outaouais, qui m'a initié à la création de site Internet, à l'animation d'un groupe d'entraide ainsi que des ateliers de sensibilisation dans le cadre de la Semaine de la promotion de la vie et de la prévention du suicide (au Centre de détention de Hull) en février 2001. J'ai même été invité à participer à l'organisation de la Semaine de la santé mentale.

L'entraide, ne se vivant pas seul, je tiens à dire merci à mes pairs et à des proches qui ont été là pour participer aux discussions, pour co-animer les rencontres, pour commanditer le service de café... J'ai malheureusement oublié les prénoms et les noms, mais je garde dans mon coeur le doux souvenir de toutes ces rencontres qui ont été très significatives pour moi.

Encore une fois merci! 

Pour conclure, j'aimerais vous dire qu'il est important de croire à l'entraide. Contrairement à Loto Québec : Ça change le monde! Vous avez donc plus de chance d'être heureux!"

Robert Labrosse, pair aidant bénévole
11 janvier 2007, Québec