Témoignage de Réseau Hommes Québec

Témoignage d'Yvan

" Si on m'avait demandé : quelle est ta couleur préférée? Je n'aurais pas su quoi répondre. Je te dis cela pour illustrer à quel point nous les hommes ne savons pas qui nous sommes. "

Celui qui parle se nomme Yvan. Il fait partie du groupe Réseau Hommes Québec (RHQ) depuis maintenant 14 ans. Dans cette entrevue qu'il nous a accordée, il raconte comment le groupe Réseau Hommes Québec lui a donné la chance de se révéler à lui-même et de transformer ses rapports avec son entourage. Écoutons-le.

" Je dirais que ce que le groupe m'a apporté c'est d'abord une forme de Réveil. Moi quand j'y suis entré, il y a 14 ans, je voulais changer ma vie. J'avais vécu une séparation 4 ans auparavant et cela m'avait amené à faire du travail de croissance personnelle.

Dans ma vie, il y a eu un vrai déclic, avant Réseau Hommes Québec et après. Avant de faire partie du RHQ, j'étais dans le paraître, je n'avais pas vraiment d'amis de gars, je n'accordais pas d'importance à cela, mes conversations portaient sur le travail, pas sur mes émotions. Beaucoup d'hommes sont comme cela. Ils ne prennent pas le temps de développer des liens avec d'autres hommes, de discuter, donner leur opinion et d'échanger sur ce qui les intéresse. Le groupe m'a aussi permis de me faire des amis, des gars avec lesquels je fais des activités et des sorties. C'est comme cela pour les autres hommes, plusieurs se découvrent des nouveaux centres d'intérêt.

Tu sais, il y a beaucoup d'hommes qui se sentent seuls et qui croient qu'ils ne sont pas dignes d'intérêt. En entrant dans un groupe RHQ, ils apprennent à communiquer, à faire confiance. Je vais te raconter un événement qui m'est arrivé et qui te donne un exemple de comment le RHQ nous fait du bien.

Il y a quelque temps de cela, j'avais organisé un souper chez moi à Chelsea et j'y recevais avec les membres RHQ de l'Outaouais un groupe de 12 Européens eux aussi membres du RHQ. On était 35 gars en tout. Deux jours avant le souper, j'avais appris que je n'avais plus de job après 25 ans dans la même entreprise. J'étais en choc. Pendant la soirée, j'ai été capable de parler avec les gars de comment je me sentais rejeté, de me retrouver ainsi à 55 ans sans emploi, de ma peur et mon insécurité pour ma femme et moi. Ce soir-là, les gars m'ont écouté, sans me juger, sans me dire quoi faire, juste comprendre ce que je vivais.

Si j'avais à résumer en peu de mots, ce que cela m'a apporté de faire partie d'un groupe RHQ, je te dirais : des amis et des meilleures communications avec mon entourage, ma femme, ma famille et tous ceux qui m'entourent.

J'ai vu des hommes qui avant d'entrer dans un groupe RHQ avaient une bien faible estime d'eux et ne se sentaient pas appréciés. Le groupe a aussi agi comme un déclic pour eux. On voit souvent cela : plusieurs qui adhèrent à un groupe RHQ sont en train de vivre des changements dans leur vie.

Un bénévole de RHQ reçoit les appels des hommes qui veulent entrer dans un groupe. Si un homme a besoin d'aide plus poussée, parce qu'il est dans une situation qui demande de l'aide professionnelle, on va le référer à des ressources. Mais on garde le contact avec lui, on le rappelle quand un nouveau groupe démarre. "

Comment se passe une rencontre type d'un groupe RHQ ?

" Faut préciser qu'on est un groupe d'écoute et de parole. On est 7 à 8 gars et on se rencontre à toutes les 2 semaines au domicile de l'un ou l'autre pour une rencontre de 3 heures. On prend les 10 premières minutes pour se parler de nous, ce qui nous est arrivé au travail, à la maison, dans notre vie amoureuse. Ensuite pendant une heure, on discute d'un sujet qu'on a convenu à la dernière rencontre, deux semaines auparavant. Celui qui prépare le sujet de discussion est l'animateur de la soirée. D'une rencontre à l'autre, on fait l'animation chacun notre tour. L'animateur a le contrôle du déroulement de la soirée. Si l'animateur et les hommes constatent qu'un participant a besoin de prendre la parole plus longtemps parce qu'il est en train de traverser des moments difficiles, alors on lui laisse l'espace pour le faire. Ensuite on fait un retour de la soirée, pour voir comment les gars ont apprécié le sujet, l'animation, l'accueil et l'écoute. "

Conclusion

" Pour terminer, je voudrais dire que donner c'est recevoir. J'ai eu la chance d'être coordonnateur du réseau en Outaouais pour une période de deux ans. J'y ai mis beaucoup de temps et j'ai vraiment beaucoup reçu de cette expérience. Mais malheureusement, il y a encore des hommes qui ne se donnent pas la chance d'expérimenter ce que c'est que de donner. Ils viennent au groupe pour 1 an ou 2, puis quittent. Moi je crois qu'ils n'ont pas compris qu'en donnant, on reçoit et j'essaie de transmettre ce message aux hommes. "

Propos recueillis par Monique Pellerin

Directrice de CAP Santé Outaouais

Juillet 2007